A l’heure ou Cristina Kirchner croule sous les accusations de corruption, il convient de faire un retour en arrière d’une dizaine d’années pour comprendre l’histoire de ce que nous appelons aujourd’hui le Kirchnerisme.
Le Kirchnerisme, c’est quoi ?
C’est un mouvement politique d’influence Péroniste qui a vu le jour le 25 mai 2003 suite à l’élection de Nestor Kirchner. Ce mouvement guidera l’Argentine jusqu’en 2015, année de fin du deuxième mandat de Cristina Kirchner, la femme de Nestor Kirchner. Ce dernier hérite d’un pays en ruine, secoué par la crise 2001. La dette du pays est de 160%, le chômage de 25%. Nestor Kirchner fait alors le serment de « sortir l’Argentine de l’enfer« .

Nestor et Cristina Kirchner- Football

Nestor et Cristina Kirchner – Photo : Wikimédia

Kirchner, héritiers des Perón ?

A 50 ans de d’écart, les Kirchner ont de grandes ressemblances avec leur précurseurs : Juan Domingo Perón et Eva Perón. De fait, bien que le contexte politique social et économique soit différent, les deux couples sont très souvent comparés et nul ne niera une ressemblance idéologique frappante. 
Tout d’abord, les deux couples sont ou bien idolatrés, adorés, ou bien détestés. En cela ils scindent la société en deux parties : Les pro et les antis. Charismatiques, Eva Perón et Cristina Kirchner sont devenues sans doute les femmes les plus connues du pays, celles qui ont marqué le pays en tant que personnes.
Dans la manière de diriger le pays, les journalistes remarquent également de nombreuses ressemblances comme un discours politique très axé sur le social et la réduction des inégalités. Pour ce faire les deux couples ont eu un mandat très interventionniste.

Cependant, il existe également des différences entre Perón et Kirchner, dues au contexte économico-social différent, à 50 ans d’écart.

L’Idéologie « K »

Le Kirchnerisme tient ses racines de trois pilliers idéologiques

  1. La défense des droits de l’homme : Sous Kirchner, les poursuites judiciaires pour crimes contre l’humanité durant la dictature (1976-1983) se sont multipliées. l’ex-général Jorge Videla est mort dans sa prison, condamné à la perpétuité pour avoir fait disparaître des milliers d’opposants. Entre 7 000 et 8 000, selon Videla, 30 000 pour les organisations de défense des droits de l’homme. Aucun autre pays d’Amérique latine, où les dictatures ont sévi dans les années 1970 et 1980, n’est allé aussi loin. Plusieurs centaines de militaires ont été jugés et condamnés par la justice civile.
  2. Le refus du néolibéralisme : C’est une position très affirmée par Nestor puis Cristina Kirchner. Dès son arrivée au pouvoir Nestor Kirchner nationalise des grands groupes de services comme Correo Argentino en 2003 et sa femme nationalisera symboliquement en 2012 l’entreprise de pétrole YPF. Nous pourrions également décrire le protectionnsime Argentin ou le refus d’accords bilatéraux avec les Etats Unis pour illustrer la volonté des Kirchner de se détourner du libéralisme.
  3. L’alignement régional : Le Kirchnerisme c’est également le désir d’une cohérence politique et économique des pays de l’Amérique Latine. En effet l’Argentine compte beaucoup sur l’alliance économique MERCOSUR (Marché commun du sud) et en est un acteur incontournable. Sur un plan politique, Nestor Kirchner, avant sa mort en 2010, a été nommé secrétaire général d’UNASUR, l’union politique des pays d’Amérique du sud. Deux alliances des pays d’Amérique Latine pour un même objectif, l’intégration régionale.

Les résultats du Kirchnerisme

Economiquement, l’Argentine a été fortement frappée par la crise de 2001. Dix ans plus tard, les indicateurs économiques sont flatteurs. La dette colossale est passée de 160 % à 40 % du PIB, l’industrie a été relancée, cinq millions d’emplois ont été créés et le chômage est tombé de 25 % à 8 %. Mais le ralentissement de l’économie a progressivement grippé le modèle argentin. La croissance (8,9 % en moyenne de 2003 à 2006) a chuté à 1,9 % en 2012. De plus, l’hyperinflation (La violente hausse des prix) est un point noir du mandat Kirchner. Evaluée à 36% en 2015, cette augmentation galopante des prix révèle en effet une instabilité monétaire du pays.
Cependant sous le mandat de Cristina Kirchner, certains spécialistes dénoncent des chiffres du chômage érronés. En effet Cristina aurait créé des emplois Etatiques fictifs pour réduire les chiffres du chômage. 5% à 7% des emplois Etatiques seraient fictifs publie le journal « La Nación » le 22 décembre 2015, après une étude du KPMG. Ces employés fictifs sont appelés des « Ñoquis » en référence à la vieille tradition des « Ñoquis del 29 » qui statue que chaque 29 du mois, par manque d’argent pour la fin du mois, les Argentins mangent des « Gnocchis » (écriture Italienne). Ce sont des féculents peu chers que l’on trouve également dans les pays Francophones. En bref, le débat sur les chiffres du chômage réel fait rage en Argentine.

Politiquement parlant, les deux influences des politiques Argentins sont le Péronisme (idélogie des Kirchner) et les libéraux (idéologie du président actuel Macri). Ces deux idéologies sont radicalement opposées et alternent au pouvoir depuis 1950. En 1999 le pays connait une période noire sur un plan politique car cinq présidents démissionnent en quatre ans. En 2003, pour douze ans, le Kirchnerisme va diriger le pays. Certains observateurs affirment que le mandat de Cristina Kirchner était basé sur le populisme notamment pour avoir acheté les droits de retransmission TV des matchs de football, dans un pays ou ce sport a pris des allures religieuses.

Depuis le 10 octobre 2015, c’est Mauricio Macri qui préside l’Argentine. Cela marque un changement idéologique brutal de l’histoire du pays.


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