Terre oubliée (épargnée ?) par le processus de mondialisation actuel qui rapproche tous les territoires du globe au sein d’une même place publique, la Terre de Feu fascine. Quasiment vierge de toute trace humaine, notamment parce qu’elle est protégée avec soin par le Chili et l’Argentine qui ont déclaré une grande partie de son territoire comme réserve naturelle, la Tierra del Fuego conserve un caractère mystérieux et attrayant. Notez que le Chili possède un peu plus de 60% de sa superficie et l’Argentine un peu moins de 40%. Retour rapide sur les principales phases de son histoire.

Photo : Indiens Selknam à la chasse – Wikipédia

L’ère indienne 

Plusieurs peuples indigènes ont longtemps vécu en Terre de Feu, bien avant l’arrivée des premiers explorateurs européens. On distingue 4 peuples principaux d’indiens, aujourd’hui tous éteints, les deux premiers étaient surtout chasseurs-cueilleurs, alors que les deux derniers étaient plutôt des peuples marins :

Les Onas (aussi appelés Selknams), peuple le plus connu, vivaient au centre et au Nord de l’île. Les Haushs étaient présents dans le Sud-Est. Ces deux peuples vivaient principalement de la chasse aux guanacos (avec l’aide de chiens), dont ils portaient la peau pour se tenir chaud. Ils ne disaient toutefois pas non aux mammifères marins qui s’échouaient parfois sur la côte, une baleine nourrissait un clan pendant de nombreux jours !

Les deux autres peuples, les Yamanás (sur les côtes des canaux et des îles du sud et du sud-ouest) et les Alacalufs (dans l’Ouest de l’île) étaient des « peuples des canoës », vivant principalement de pêche. Pour éviter l’hypothermie, ils se couvraient de la graisse (très bon isolant thermique) des animaux qu’ils pêchaient.

Néanmoins, la région a toujours été peu peuplée en raison de son climat hostile, et on estime la population indienne à 10.000 hommes avant l’arrivée des Européens. Ce faible nombre explique aussi la rapide disparition de ces peuples entre la fin du XIXème et le début du XXème, à cause des maladies importées (rougeole, tuberculose…) et du génocide activement mené par les explorateurs locaux, comme Julius Popper. 

   Photo: Reconstitution du Victoria, le navire de Magellan : Flickr E. Gonzalez

Du XVIème au XIXème : l’ère des expéditions 

Entre 1520 et la fin du XIXème siècle, des dizaines d’expéditions se succédèrent. Elles étaient menées par les principales puissances de l’époque (Espagne, Portugal, puis Pays-Bas, Angleterre, France…) et avaient des buts différents. Bien que les premières étaient surtout mandatées pour explorer et cartographier ce nouveau monde, les suivantes pouvaient avoir comme but d’établir des colonies temporaires en Terre de Feu, de faire du commerce avec les empires amérindiens, d’intercepter les navires marchands, ou de clamer la souveraineté d’une puissance sur telle ou telle motte de terre… Ainsi, il n’était pas rare que des navires de corsaires et des navires de ligne échangent quelques volées dans les eaux de Terre de Feu. Par ailleurs, on dit que la Terre de Feu tient son nom des nombreux feu de camps que tenaient les tribus indigènes sur la côte et que pouvaient observer les explorateurs européens depuis leur bateau. Voici quelques expéditions remarquables :

– La première circumnavigation du globe, par le portugais Ferdinand Magellan en 1520, constitue le premier passage connu de navires européens au Sud de la Patagonie, même si on dit que dès 1515 le détroit de Magellan avait été évoqué par d’autres navigateurs.

De 1541 à 1553, le capitaine Pedro de Valdivia commence la conquête du Sud de la Patagonie en partant avec 150 hommes depuis Cuzco. Il fonda Santiago del Nuevo Extremo puis de nombreux villages/campements/forts en continuant sa route vers le Sud. Toutefois, l’hostilité des indiens Mapuches et des autres tribus est constante et la présence d’hommes blancs reste temporaire.

– En 1577-78, le fameux corsaire anglais Francis Drake mène une expédition en Patagonie, combat des tribus indiennes et passe le détroit de Magellan.

– Les passages des célèbres flibustiers Richard Hawkins, Cook, Eaton, Swan au cours du XVIIème siècle, pour piller les peuplements locaux ou les navires marchands.

– Entre 1763 et 1765,  le français De Bougainville effectue deux voyages en Terre de Feu et construit un établissement sur les îles Malouines. Son ouvrage, Voyage autour du Monde, inspirera Diderot pour écrire Supplément au Voyage de Bougainville.

– De 1832 à 1834 a lieu le second voyage de Fitz Roy sur le Beagle (son navire), accompagné de Charles Darwin. Fitz Roy ramène les trois indiens qu’il avait enlevés trois années plus tôt pour les montrer en Europe, Charles Darwin effectue de nombreuses observations anthropologiques et biologiques. Une tentative d’évangélisation est tentée mais échoue.

Vous pouvez consulter la liste des nombreuses expéditions ici.

La deuxième moitiée du XIXème siècle et le début du XXème siècle. 

Le XIXème siècle, et principalement sa deuxième moitié, constitue la véritable ère de conquête de la Terre de Feu. De nombreux explorateurs, chercheurs d’or, missionnaires, entrepreneurs débarquent dans la région en quête de fortune et d’évangélisation. Des camps de pêche, des mines sont établis un peu partout sur le territoire.
Le 27 septembre 1871 s’établissaient à Ushuaia le pasteur Tomas Bridges et son épouse pour fonder la première estancia en Terre de Feu : Haberton.
Moins glorieux, c’est aussi à cette époque que sont menées de nombreuses chasses à l’homme contre les indigènes, en prenant comme prétexte le vol de quelques têtes de bétail ou la dangerosité qu’ils représentent pour les colons. Les chasseurs de prime sont alors payés au nombre d’indiens tués. 

Photo : Estancia Haberton de nos jours – Flickr Miyagusku

De nos jours 

Dès 1945, le Chili découvre le potentiel d’hydrocarbures de la Terre de Feu et se met à l’exploiter en établissant des forages en divers endroits. Cela conduit à la formation de petits villages autour des points d’extractions. La production d’énergie (extraction pétrole/gaz) est aujourd’hui la principale activité économique de la région, devant le tourisme.

Au XXème siècle, et surtout depuis les années 1980, le tourisme international connait en effet une croissance régulière en Terre de Feu. Les contrées inaltérées et l’aspect « bout du monde«  séduisent beaucoup, même si sur place, ce sont surtout les nuages, le froid, la pluie et le vent qui accueillent le voyageur !

Enfin, la pêche et l’élevage de moutons complètent les principales activités économiques contemporaines de la région.

Vous voilà désormais incollable sur les bases de l’histoire de la mythique Terre de Feu ! Ne reste plus qu’à y aller ! 

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