« Emploi » et « production » : deux mots qui justifient depuis 2007 le protectionnisme record argentin, dans la bouche de la présidente Cristina Kirchner. Des mesures politiques qui affectent durablement l’économie argentine et la réputation du pays depuis la crise de 2001 et un constat :  l’Argentine est aujourd’hui parmi les pays les plus protectionnistes au monde. Et pourtant, cela n’a pas toujours été le cas. Dans les années 90, sous la présidence de Carlos Menem, l’Argentine s’est vue obligée d’ouvrir ses frontières  et est devenue un pays très libéral. Retour sur les causes et effets du protectionnisme depuis 2003, date où Néstor Kirchner est arrivé au pouvoir en Argentine.

discours de Cristina de Kirchner- Source: Flickr

Zoom sur le phénomène

Selon les données du Global Trade Alert,  le pays maintient 278 mesures commerciales discriminatoires contre les produits étrangers, plus que dans n’importe quel pays d’Amérique Latine. L’Argentine, en plus d’être le pays utilisant le plus de restrictions commerciales au niveau régional, est le 3ème pays le plus protectionniste au monde, après l’Inde (355 mesures) et la Russie (346). Les enseignes textiles locales ont aujourd’hui remplacé les grandes marques étrangères et les téléphones portables étrangers comme les iPhone sont devenus hors de prix. En 3 ans, 40 multinationales ont quitté le pays. Dernier exemple : En ce moment, un Argentin ne peut pas recevoir plus de 2 colis venant de l’étranger par an !

Les causes de ce protectionnisme

Avec la crise de 2001 et son défaut de paiement, l’Argentine s’est vue couper l’accès au marché des capitaux et n’a pu obtenir des liquidités qu’en accumulant des excédents commerciaux. Depuis, les barrières protectionnistes se sont multipliées tous azimuts. L’économie argentine est traumatisée depuis cette catastrophe de 2001, ce qui explique la politique kirchnériste concernant la forte limitation des importations, même s’il faut contourner les règles de l’OMC… Le protectionnisme est mis en place également dans l’optique de stimuler la production locale, et de réindustrialiser le pays. Depuis 2011, l’Argentine est confrontée à une détérioration de ses indices économiques : inflation de plus de 25%, fuite des capitaux, diminution des investissements étrangers, et la présidente Cristina Kirchner continue à multiplier les barrières de protection, avec de fortes taxes d’importation sur les biens d’équipements : automobile, électroménager, ordinateurs, téléphonie mobile et textile.

Source – Wikipedia

Les effets sur l’économie nationale

La création d’emploi ? Cristina de Kirchner justifie cette politique de repli national en avançant l’argument de la création d’emplois : En gros, les importations augmenteraient le chômage en Argentine. Il est vrai que le protectionnisme a eu des impacts bénéfiques. Le chômage était en effet à 25 % il y a 14 ans lorsque le pays était très libéral, il est tombé à 8% depuis que Cristina est au pouvoir. Les restrictions concernant les importations ont eu pour effet de fortement limiter  la concurrence nationale et certaines industries ont ainsi pu se développer considérablement , comme l’industrie du jouet par exemple. Mais aujourd’hui, on constate que les pays les plus libéraux de la région, comme le Chili par exemple, sont ceux qui ont les taux de chômage les plus bas. Inversement, l’Argentine est aujourd’hui le pays le plus protectionniste d’Amérique Latine, et son taux de chômage est parmi les plus élevés du continent.

Une déstabilisation du business : Les entreprises ont aujourd’hui beaucoup de mal à faire importer du matériel venant de l’étranger : En effet les marchandises importées sont souvent bloquées à la frontière. Ce phénomène est à l’origine d’un ralentissement conséquent de l’économie argentine. Le pays souffre depuis 2013 d’une récession industrielle. Dans le cas de l’industrie automobile, secteur le plus touché par la destruction d’emplois, le lien entre protectionnisme et récession du secteur est évident : 70% des composants doivent en effet être importés. Par ailleurs, les industries ne profitent  pas des progrès technologiques mondiaux et fonctionnent avec des technologies déjà matures. Les entreprises sont privées d’accès aux investissements étrangers et coupées des chaînes de valeur internationales, qui représentent 80% du commerce international. Enfin, la corruption se développe de plus en plus dans le pays, de nombreux  entrepreneurs ont aujourd’hui recours à des pots de vins pour pouvoir importer…

Une inflation galopante : La pénurie de produits technologiques et de composants bon-marché provenant de l’étranger, génère une impressionnante augmentation des prix: L’inflation atteint des taux records, chaque année, 37,5% en 2014 selon le cabinet Finsoport, (même si les statistiques officielles prétendaient qu’elle était de 25%). Cette inflation à deux chiffres entretient les circuits illégaux d’économie parallèle. Les Argentins n’ont plus confiance aujourd’hui, ni en leur pays, ni en leur monnaie qui peut perdre sa valeur du jour au lendemain. Ils échangent donc leurs pesos en dollars au blue market dans la rue, et gardent chez eux leurs économies en liquide dans cette monnaie jugée beaucoup plus sûre.

La « mala fama » de l’Argentine à l’international

Parmi les pays affectés par les mesures protectionnistes argentines, l’Asie est particulièrement touchée avec respectivement la Chine, la Thaïlande, l’Indonésie, la Malaisie… Pour ce continent, les mesures touchent en majorité le secteur textile. Parmi les zones également touchées par ces mesures, on remarque également l’Union Européenne, les Etats-Unis ou encore des pays d’Amérique Latine comme le Brésil ou l’Uruguay. L’Argentine se fait donc des ennemis commerciaux au sein de sa propre zone de libre échange, le MERCOSUR. Les Etats-Unis et l’Union Européenne pointent régulièrement du doigt l’Argentine concernant ses mesures protectionnistes et saisissent l’OMC pour violation des règles du commerce international.

Les élections d’octobre 2015 vont probablement changer la donne en Argentine concernant la politique libérale. Les deux candidats pressentis semblent être beaucoup moins kirchneristes sur ce point là… Affaire à suivre


 

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