Peu relaté dans la presse nationale, au risque de raviver quelques uns des plus mauvais souvenirs du pays, depuis ce lundi 28 février, au tribunal de Buenos Aires, s’est ouvert le procès sur les vols de bébés qui ont eu lieu pendant la dictature argentine (1976-1983). Les huit militaires responsables, dont les deux dictateurs, Jorge Videla et Reynaldo Bignone, ont déjà été jugés pour assassinats, enlèvements ou tortures mais c’est la première fois que le vol de bébés est jugé pour ce qu’il a été: un plan systématique organisé par la dictature. Tous doivent répondre de 35 cas d’enlèvement et changement d’identité de mineurs de moins de dix ans.

Tribunal de Buenos Aires – Source: commons wikipedia

Entre 1976 et 1983, plus de 500 enfants ont été volontairement arrachés à leurs parents dès leur naissance et confiés à des familles proches des militaires. Seuls 102 ont, à ce jour, retrouvé leur identité grâce aux recherches effectuées sans relâche par les grands-mères de la place de Mai.

Ces bébés ont été volés dans plusieurs centres clandestins de détention et de torture, dont l’École supérieure de mécanique de la marine (Esma), où les femmes accouchaient encagoulées à la maternité située au premier étage. La dictature visait les opposantes, les femmes d’opposants ou considérées comme telles.

Parmi les enfants volés, Victoria Donda, 34 ans aujourd’hui, devenue députée. Elle a publié l’année dernière un livre intitulé: Moi, Victoria, enfant volée de la dictature. La polémique est aussi vive à propos de Marcela et Felipe Noble, les enfants adoptés par la propriétaire du groupe de presse Clarin. Depuis dix ans, les associations de défense des droits de l’homme pensent que ce sont des bébés volés mais les héritiers multiplient les entraves pour ne pas avoir à se soumettre à un prélèvement ADN. Même bien mené et équitable, ce procès ne mettra pas un terme à la souffrance de ces enfants volés ou supposés volés.

Source : Mundo