A 1200 km de Buenos Aires et à 80 km de Neuquén, a été découvert en 2010 un immense gisement de gaz de schiste (deuxième réserve mondiale) et de pétrole (quatrième réserve mondiale), qui s’étend sur une superficie de 300 000 km carrés à travers quatre provinces argentines (Neuquén, Rio Negro, Mendoza et la Pampa). Cette découverte a révolutionné la région, les investissements et la construction ont connu un essor remarquable et une prospérité inespérée s’est installée dans la région. Inespérée car l’environnement de la région est plus qu’hostile : Le paysage y est désertique, lunaire et les seules traces de vie sont désormais les plates formes des puits installées sur des kilomètres. Mais l’euphorie du projet semble aujourd’hui quelque peu retombée…

Vaca muerta – Source : Flickr

Une découverte qui tombe à pic

Le gisement fait fantasmer l’Argentine étant donné que la situation économique du pays s’est considérablement dégradée depuis 2012 :  L’Argentine a aujourd’hui cruellement besoin de devises et sa balance commerciale est plombée par ses importations d’énergie. Vaca muerta incarne donc un rêve : celui de retrouver l’indépendance énergetique en Argentine. Mais la chute vertigineuse  du cours  du pétrole depuis août 2014 remet en question la rentabilité de toutes les installations mises en place pour exploiter l’or noir dans la région.  En six mois, le prix du baril est passé de 110 à 50 dollars. Or le forage coûte très cher, surtout en phase de démarrage. Sachant que l’exploitation n’est pas rentable en Argentine à moins de 80 dollars le baril, l’avenir du gisement dépend aujourd’hui d’une hypothétique remontée du cours du pétrole…

Les modifications socio-economiques

L’euphorie s’est emparée de la ville au début de l’exploitation de Vaca Muerta. Des milliers de migrants du bout du monde sont arrivés en masse dans la zone. En deux ans, la population a quasiment triplé, passant de 2500 à 7000 habitants. Les prix de l’immobilier ont été multipliés par 5. Construction de nouveaux logements, d’un casino et d’un hôtel 5 étoiles… Les débuts de Vaca muerta semblaient apporter durablement prospérité et emploi dans la région ! Mais aujourd’hui, la situation est différente. Accidents au travail, carences de logements pour les ouvriers, systèmes sanitaires mal en point… L’arrivée massive d’argent a de plus augmenté la délinquance liée à la drogue et à l’alcool ainsi que la protitution dans le village d’Añuelo.

L’impact environnemental

L’exploitation de Vaca Muerta est peu polémique car elle s’effectue dans une zone relativement hostile à l’homme , un espèce de no man’s land argentin.  Selon YPF, la compagnie argentine exploitant le gisement, l‘impact environnemental serait minime : aucun risque que les nappes aquifères  soient contaminées, les composants remontant à la surface sont retraités avec précaution et l’eau utilisée, correspondant à des millions de litres par jour, représenterait moins d’une minute du débit quotidien du fleuve Neuquén. Mais ce discours ne convainc pas tout le monde.

Parmi les plus farouches opposants au projet, se trouvent une dizaine de familles d’origine Mapuche, les CampoMaripe. Après de violents heurts, ils ont réussi à obtenir le droit d’accès à LomaCampana, lieu d’exploitation des ressources. Ce sont les seuls citoyens autorisés à se promener librement sur le site. De là, ils sont au coeur des problèmes techniques ayant un impact sur l’environnement  : explosions suivies de fuite de gaz et de pétrole, produits chimiques qui débordent… Les habitants évitent désormais de boire l’eau de la région, même si des études affirment qu’elle est « consommable » par l’homme. Des taux alarmants de chrome, plomb et mercure avaient déjà été détectés dans leur sang en 2000. Autre objet polémique : l’attribution à Total d’un permis d’exploration de la réserve naturelle Auca Mahuida, aire de protection d’espèces menacées comme les guanacos ou condors…


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