Alain Resnais, réalisateur, scénariste et figure fondamentale du cinéma français, a consacrésa vie à son oeuvre, du long métrage au du court métrage, du documentaire à la fiction. Il s’est éteint à Paris le 1er mars 2014, alors que son tout récent dernier film, Aimer, boire et chanter (à la programmation du BAFICI) était présenté au festival de Berlin.

La Fundación Cinemática Argentina un cycle en hommage au grand réalisateur, avec la collaboration de l’Ambassade de France et de l’Institut Français en Argentine. Du 27 mars au 2 avril, seront projetées au BAMA les plus grandes oeuvres du maître de la Nouvelle Vague, jusqu’à ses plus récentes. Une rétrospective complète et honorable, qui retrace le parcours de l’artiste et qui révèle toutes ses facettes.

Tous les jours à 18h30 du 27 mars au 2 avril.
Toutes les projections seront précédées de la présentation du critique Hernan Schell.

 Jeudi 27 Mars 

Guernica (courtmétrage) + Hiroshima Mon Amour

  • Guernica (France; 1950) – Un film d’Alain Resnais et Robert Hessens – Voix: María Casarès y Jacques Pruvost.

Le 26 avril 1937, Guernica, petite ville espagnole, connait un bombardement qui laisse derrière lui 2000 morts, tous civils. Alain Resnais s’inspire du poème composé par Paul Éluard en hommage à la ville martyr en l’associant à l’œuvre de Pablo Picasso. Resnais compose un éloge cinématographique qui narre la vulnérabilité de l’homme et sa terrible férocité. Cependant, le peintre, le poète et le cinéaste rejettent la déséspoir pour arracher  aux mots, aux images et à l’art une dignité invaincue.

  • Hiroshima mon amour  (France; 1959) – Un film d’Alain Resnais. Scénario de Marguerite Duras. Avec Emmanuelle Riva, Eiji Okada, Stella Dassas.

Hiroshima mon amour est une oeuvre dont le thème, aussi bien que l’objet, est l’histoire. Dans un monde dans lequel la culture et le temps historique se sont globalisés, Resnais propose de confronter deux pays différents à leur histoire commune. D’un côté, la bombe atomique qui déchira Hiroshima et la punition infligée en France aux collabos après la libération. Ces souvenirs sont échangés par une française et un japonais, à l’occasion de leur brève relation amoureuse dans la ville qui fut victime de la première catastrophe nucléaire 13 ans plus tôt.

Vendredi 28 Mars 

Les statues meurent aussi (courtmétrage) + L’année dernière à Marienbad

  • Les statues meurent aussi (France; 1953) Direction: Alain Resnais y Chris Marker. Voix: Jean Négroni.

“La revue Présence Africaine nous a demandé que l’on réalise un film sur l’art noir. Pour commencer, Chris Marker et nous sommes demandé la question suivante : Pourquoi l’art noir se trouve dans le Musée de l’Homme, et l’art grec ou égyptien dans le Musée du Louvre ?” En acceptant la demande de la revue, Resnais et Marker célèbrent la beauté et le mystère des objets africains. Ils dénoncent avec virulence les mécanismes d’acculturation imposés par la colonisation au continent africain et défendent l’idée de la fraternité qui a longtemps intimement lié civilisations africaines et européennes.

  • L’année dernière à Marienbad  (Francia, 1961) Un film d’Alain Resnais.  Scénario d’Alain-Robbe Grillet. Avec Delphine Seyrig, Giorgio Albertazzi, Sacha Pitoëff.

Dans un hôtel baroque et fantastique les clients mènent, année après année, une existence envahie par les rituels et par l’ennui. Ce lieu immense suspendu dans le temps ressemble à une prison qui évoque la pétrification et l’hypnose. Un homme à l’accent italien parcourt l’énorme maison, observant ses occupants et épiant une femme en particulier, qu’il prétend avoir connu l’année passée. Elle ne se souvient pas l’avoir rencontré, ou ne désire pas se souvenir. “Soudainement, il lui offre l’impossible dans ce labyrinthe oú le temps s’est suspendu : il lui offre un passé, un futur et la liberté. Il lui dit qu’ils se sont connus il y a un an, qu’ils se sont aimé, et qu’il revient aujourd’hui sur le lieu du rendez-vous et qu’il l’emmènera avec lui. » (Alain Robbe-Grillet).

Samedi 29 Mars

  • Muriel ou le temps d’un retour (France, 1963) Un film d’Alain Resnais. Scénario de Jean Cayrol.  Avec Delphine Seyrig, Jean-Pierre Kerien, Nita Klein.

Dans son troisiéme longmétrage, Resnais exhibe une œuvre complexe. Par exemple, la Muriel du titre n’apparaît pas sur l’écran. Ce n’est pas seulement un amour inventé par l’un des personnages, mais aussi un fantasme né d’une personne réelle, torturée et assassinée à Djbel, qui tourmente la conscience du jeune après être rentré de son service militaire en Algérie. Muriel est un témoignage de plus de l’importance des lieux dans l’œuvre de Resnais ; Boulogne, la ville oú se déroule le film, est une ville blessée par le bombardement encore récent. Toujours en ruines, se reconstruisant faussement sur l’image de vestiges du passé, cette ville abritera les tentatives des protagonistes de se reconstruire eux-mêmes.

Dimanche 30 Mars 

Toute la mémoire du monde (courtmétrage) + Stavisky

  • Toute la mémoire du monde (Francia; 1956) Dirección: Alain Resnais. Texto: Rémo Forlani. Voz: Jacques Dumesnil.

“Comme ils ont la mémoire courte, les hommes accumulent de nombreux rappels”. Dans ce courtmétrage, Resnais propose une visite guidée à la Bibliothèque Nationale de Paris et, de son dôme à ses sous-sols, de sa salle des catalogues à sa salle de lecture, nous révèle les étagères –interdits au public- de cette institution du savoir. L’exploration des sombres labyrinthes de cette immense bibliothèque est aussi une manière subtile d’évoquer les méandres sinueux de l’architecture mnémonique des simples mortels que nous sommes.

  • Stavisky (France; 1974) Un film d’Alain Resnais. Scénario de George Semprun. Avec Jean-Paul Belmondo, Charles Boyer et Francois Périer.

Juillet 1933. Léon Trotsky et son épouse débarquent dans la ville de Cassis; le gouvernement français vient de leur accorder l’asile politique. À Paris, Serge Alexandre, alias Stavisky, s’occupe de ses nombreuses affaires et exige d’en savoir plus sur l’enquête que la police lui consacre. L’affaire qui etait censé le sauver de la ruine échoue et éclate en un scandale énorme. Après s’être réfugié dans un chalet de Chamonix, le cadavre d’Alecandre est découvert le 8 janvier 1934. Suicide ou assassinat ? Au même moment, Trotsky se voit obligé de sortir de sa cachette de Barbizon pour être jeté hors du territoire français. « Stavisky nous annonçait la mort, non pas seulement celle des jours de janvier, sinon la mort d’une époque » (Resnais, Semprun)

Lundi 31 Mars 

  • On connaît la chanson (France/Royaume Uni/Suisse, 1998) Un film d’Alain Resnais. Avec Pierre Arditi, Sabine Ázema, Jean-Pierre Bacri, André Dussollier, Agnès Jaoui, Lambert Wilson, Jane Birkin.

Comme en informe le titre du film, chacune des chansons qui s’écoutent au long des deux heures de On connaît la chanson sont des classique populaires du répértoire français de toutes les époques, mais l’intention de Resnais est loin de faire une anthologie musicale. Ce qu’il fait pour changer est raconter les multiples histoires de personnages variés liés entre les petites joies et drames personnels –tous, bien sur, liés à l’amour- mais avec la condition qu’au moment d’exprimer ses émotion, alors se pose une chanson. Un petit chef d’œuvre.

Mardi 1er avril 

El Chant du Styrène (cortometraje) + Les Herbes Sauvages

  • Le Chant du Styrène (France; 1958) Un film d’Alain Resnais.  Scénario: Raymond Queneau. Voix: Pierre Dux.

Qu’est ce que le plastique ? D’où vient il ? Alain Resnais, aidé par un commentaire en alexandrins, présente en détails les étapes d’élaboration des objets de plastique qui font partie de la vie quotidienne de tout le monde. Partant de l’objet fini pour arriver à l’essence, Resnais ne s’onterroge pas seulement sur la fabrication du plastique, mais sur la création plastique : ce pouvoir de modeler la matière, de donner forme à la substance, cette puissance créatrice qui traverse l’homme et le dépasse.

  • Les herbes folles (Francia; 2009)  Un film d’Alain Resnais. Avec André Dussollier, Sabine Azéma, Emmanuelle Devos, Mathieu Amalric.

Le film décrit la rencontre d’une femme avec celui qui retrouve son portefeuilles, un homme solitaire et au passé turbulent. Entre ces deux personnages, qui n’avaient aucune probabilité de se rencontrer, va s’établir une relation sentimentale. Le film est déluré, romantique, drôle, grave, dramatique, loufoque et sérieux.

Mercredi 2 avril

Nuit et brouillard (courtmétrage) + Hiroshima Mon Amour

  • Nuit et brouillard  (France; 1955) Un film d’Alain Resnais.  Texte: Jean Cayrol. Voix: Michel Bouquet.

En 1955, le comité d’histoire de la Seconde Guerre Mondiale demande à Alain Resnais qu’il réalise un film pour commémorer le dixième anniversaire de la libération des camps de concentration. Le film se divise en deux parties : la mise en marche de la machine hitlérienne, d’un côté, et les camps de la mort, de l’autre. Avant ces images, le commentaire sobre met en garde le spectateur qui essaie de dévier le regard du risque que sa mémoire se transforme en « eau froide et opaque ».