La ressemblance est fréquemment mise en avant. Bien sûr, il s’agit aujourd’hui en Grèce de la plus grosse faillite d’Etat de l’histoire récente. Ce qui n’est pas sans rappeler le drame économique qui a touché l’Argentine il y a 10 ans de cela. Mais les ressemblances ne s’arrêtent pas là : compétitivité au plus bas, dévaluation impossible, fraudes en tout genre, explosion de la dette, intervention du FMI… Oui c’est certain, en Argentine la crise grecque rappelle quelques mauvais souvenirs.

Retour sur la crise Argentine de 2001

La crise trouve son origine dans la décision, prise en 1991. C’est à dire de mettre un terme à l’hyperinflation qui ravage le pays. Et cela en arrimant le peso argentin au dollar américain pour donner confiance dans son système monétaire.

Mais en 1997, cette stratégie se retourne contre l’économie argentine. En effet, face à la crise qui les touche, le Brésil et les pays asiatiques décident de dévaluer leurs monnaies, quand l’Argentine est, elle, coincée par la parité fixe établie entre sa monnaie et le dollar. Très vite, sa compétitivité chute, les comptes publics sont au plus mal, et la récession touche le pays.

Le FMI décide alors de lancer dans le pays un plan de rigueur. Qui n’a pour effet que d’aggraver la situation, entraînant le pays dans un cercle vicieux.

En 2001, le PIB argentin plonge définitivement et la crise est fracassante. Le pays est au bord de l’explosion, il se déclare en défaut sur sa dette et pas moins de 3 présidents se succèdent en 10 jours, jusqu’à ce que la décision soit prise de détacher le peso du dollar. La dévaluation fait doubler la dette publique, qui atteint 150% du PIB.

Buenos Aires doit négocier avec ses créanciers et la majorité d’entre eux accepte finalement. Après près de 10 ans de négociation, une décote de 60% de leurs titres.

En 2005, le pays a remboursé en une fois la totalité de sa dette au FMI, pour pouvoir couper tout lien avec l’organisation. Aujourd’hui, 10% de la dette privée demeure, tout comme 9 milliards de dette publique, mais la dette ne représente plus que 45% du PIB.

Comparaison 

Les causes qui ont abouti à la crise argentine sont donc, c’est certain, très semblables à celles ayant mené à la crise grecque. Cependant, difficile pour la Grèce d’imiter la stratégie argentine.

Tout d’abord, les proportions sont différentes. La dette grecque représente déjà 160% du PIB et les chiffres exploseraient si il y avait une dévaluation.

De plus, le contexte est différent. Pour se remettre de la crise, l’Argentine a pu compter sur une croissance indéfectible, frôlant presque chaque année les 6%, grâce à un regain de compétitivité, à une stratégie protectionniste. Mais surtout, à une explosion du cours des matières premières agricoles quand celles-ci représentaient 55% des exportations.

Or la Grèce n’a rien à exporter. Et la crise qui la touche semble être la première d’un cycle européen. Alors que celle de l’Argentine était la dernière des pays émergents. La nature des créanciers est aussi très différente. En effet, la dette est très concentrée sur les banques européennes ce qui crée un risque de crise systémique beaucoup plus fort.

Mais ce que n’avait pas l’Argentine à l’époque, c’est un prêteur de dernier ressort, rôle que l’Union Européenne pourrait jouer pour la Grèce…

Source : Grèce, Argentine : ressemblances et dissemblances, Clément Lacombe, Le Monde