En matière d’accès à la propriété, la grande majorité des argentins affichent un pessimisme profond. Une enquête réalisée par l’Indec (institut de statistiques argentin) révèle aujourd’hui que les jeunes de la classe moyenne ne pensent pas être à même d’accéder un jour à la propriété. Bien que 61% des argentins manifestent leur désir de devenir propriétaire d’un logement, 73% de la population considère que les difficultés pour y parvenir sont plus grandes qu’il y a 20 ans et seuls 16% pensent que la situation s’améliorera dans le futur.

Source: Wikipédia

Le phénomène d’ “inquilinización”

Ce n’est pas parce que l’Argentine a connu de très fortes croissances de 2003 à 2012, que la classe moyenne en a véritablement profité. L’accès a la propriété, loin de s’être amélioré, est de plus en plus difficile. En 2001, 72% des porteños étaient propriétaires, en 2010 ils n’étaient plus que 65%. La même chose s’est produit dans les provinces de Buenos Aires, Córdoba  et Santa Fe. Parallèlement, le nombre de locataires a considérablement augmenté : Ainsi, 31% des immeubles étaient occupés par des locataires à Buenos Aires en 2010 contre seulement 20% en 2001. Le boom de la construction ces dernières années est en fait dû à la volonté des classes supérieures, ayant un fort pouvoir d’achat, d’investir dans des maisons secondaires pour diversifier leur capital. Le quotidien Clarín estime qu’en 2012, il y avait 2,5 millions de maisons particulières inoccupées.

Les jeunes particulièrement touchés par ce problème

Le phénomène touche particulièrement les jeunes, à la recherche d’une première maison. 6 jeunes sur 10 estiment qu’ils ne pourront pas avoir accès à la propriété. Du coup, la jeune classe moyenne retarde le moment de former une famille sachant qu’elle ne pourra acheter une première acquisition. Les mariages sont remis au lendemain, les projets de maternité aussi, et les jeunes restent de plus en plus chez leurs parents. La plupart des jeunes estiment que ces difficultés d’accès à la propriété conditionne leur développement personnel et influent sur leurs choix de vie.

Pourquoi ce phénomène ?

Plusieurs facteurs sont à l’origine de ce problème de société.

– Tout d’abord, le problème d’accès au crédit pour les argentins. Les Banques Nación et Ciudad sont les établissements qui accordent le plus de crédits bancaires en Argentine, mais selon les estimations, seul 10% des achats de propriétés se font grâce à ce type de crédit. La plupart des crédits imposent des remboursements très élevés au départ (jusqu’à 40% des revenus!), ce qui décourage les jeunes Argentins.

– Le décalage entre les revenus, l’augmentation du coût de la vie, et le prix des propriétés au m2 rendent également difficile l’accès à la propriété.

– Les faibles économies des jeunes argentins. Etant donné que l’accès au crédit est compliqué, les argentins misent uniquement sur leurs économies pour acheter un premier bien. Le problème est qu’elles ne sont pas suffisantes, la plupart du temps, ils doivent vendre un bien familial déjà existant pour pouvoir prétendre à l’achat d’un logement. L’économiste Eduardo Levy Yeyati pense que le manque de mécanismes permettant de faire fructifier les économies des argentins incite à la consommation de biens non durables, tel que les voitures ou l’électroménager, et n’incite pas les argentins à économiser dans le long terme, pour pouvoir devenir propriétaire.

Voilà pour les raisons du difficile accès à la propriété en Argentine, et l’inflation ne va pas arranger les choses…


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