Une fois n’est pas coutume, c’est un journaliste qui s’est prêté au jeu des questions réponses. Et pas n’importe quel journaliste. Florent Torchut est le correspondant du journal sportif l’Equipe en Argentine, rien de moins. Dans un pays ou le sport relève de la passion et de l’identité de chacun, loin devant la politique, sa mission prend tout son sens. Pendant plus d’une heure, il nous explique son parcours atypique de journaliste, sa vie de Français en Argentine et ses belles rencontres sportives.

FlorentPhoto: Florent Torchut

De la Bretagne à l’Argentine et de l’Histoire à l’Equipe

Depuis tout petit, Florent sait qu’il veut devenir journaliste. Déjà outsider dans sa manière de penser, il décide de ne pas suivre une formation journalistique, trop cloisonnée pour lui, et de donner la priorité à l’une de ses passions : l’Histoire.

Parallèlement à ses études d’Histoire à Rennes, il enchaîne les interviews et les articles. La chance et l’audace le conduisent à interviewer l’acteur Benoit Poelvoorde. Cet article lui permet alors de commencer à travailler pour le groupe Ouest France, où petit à petit il évolue jusqu’à devenir correspondant de la ville de Dinard.

En 2005, Florent part pour la première fois en Argentine. Enchanté par le pays, il y revient dans le cadre de son master d’Histoire un an plus tard. De retour en France, il continue d’exercer le journalisme comme pigiste en Bretagne.
L’envie de voyage et le sentiment d’avoir «fait le tour» de ses missions en Bretagne le ramènent en Amérique Latine, pour un voyage de plusieurs mois du Mexique à l’Argentine. Le hasard des choses et des rencontres fait qu’alors que Florent arrive en Argentine, le journal l’Equipe cherche un nouveau correspondant pour l’Argentine. Florent commence alors à envoyer ses papiers, qui sont publiés dans le journal quotidien et dans le mag du week end. D’un road trip en Amérique Latine, l’aventure se transforme donc en installation permanente à Buenos Aires, en temps que correspondant de l’Equipe « Argentina y Latinoamerica », comme l’indique sa carte professionnelle.

Être journaliste à Buenos Aires

Installé à San Telmo depuis 2009, Florent s’est depuis tissé un réseau de connaissances important, des journalistes des plus grands quotidiens nationaux jusqu’aux photographes en passant par des joueurs de rugby ou de football de renommée internationale. En tant que journaliste, il apprécie particulièrement la serviabilité des Argentins, les échanges de contacts, pas forcément aussi spontanés en France. Quant aux inconvénients de travailler dans ce beau pays, comme tous les européens, il a du s’habituer aux retards et au difficile respect des délais, pourtant cruciaux dans ce métier. Ce qui lui manque de la France ? La famille et les amis et bien sur « la bonne bouffe » !

FlorentFlorent Torchut

Etre journaliste sportif en Argentine présente de nombreux avantages. Les trois sports les plus populaires sont les mêmes qu’en France, à savoir le Football, le Rugby et le Tennis, ce qui permet à Florent d’avoir un potentiel d’articles important. Il y a également le fait que l’Argentine est un réservoir de légendes et d’étoiles du ballon rond. Il a déja assisté à plusieurs entraînements de Messi, Tevez, à des conférences de presse de Maradona. D’autres noms, tels que celui de Trezeguet, trottent dans sa tête.

Le temps passe et inévitablement, Florent s’«argentinise». Il nous avoue que lors des matchs France-Argentine, entre les deux pays, son cœur balance mais que pouvoir chanter les deux hymnes est un vrai bonheur. Tout comme les Argentins, il se projette peu. Bien sûr, la perspective de la coupe du monde 2014 au Brésil le tente fortement, d’où son projet d’apprendre le portugais. La Colombie l’attire également.

Le sport en Argentine

Son sport de prédilection est, sans surprise, le football. Comme il nous l’explique, en Argentine, le football n’est pas seulement un loisir. Un passage exceptionnel du film argentin « El Secreto de tus ojos » illustre d’ailleurs parfaitement la place du football dans le cœur des Argentins : « Un homme peut tout changer, de visage, de maison, de famille, de fiancée, de religion, de dieu mais il y a une chose qu’il ne peut pas changer. Il ne peut pas changer de passion ». Ce sport relève donc de la passion, de l’identité de chacun. C’est une histoire de famille, l’histoire d’une vie. C’est cette dimension humaine et culturelle autour du sport qui anime particulièrement Florent, d’avantage que les résultats et les performances purement techniques.

Parmi ses plus belles rencontres journalistiques et sportives, il cite la famille de Lucho González lors de son transfert à l’Olympique de Marseille, mais aussi une rencontre particulièrement marquante avec César Delgado de passage à Rosario. Pendant toute une journée, Florent avait eu l’occasion de partir aux côtés du joueur de l’Olympique Lyonnais, depuis son appartement luxueux de Rosario jusqu’au bidonville où celui-ci a grandi, à la rencontre de ses amis et de sa famille.

Prochaine étape ?

Le retour, s’il y en a un un jour, n’est pour le moment ni prévu, ni planifié.
Que ce soit d’un point de vue géographique ou éditorial, Florent veut rester indépendant et ouvert. Passionné par le sport, il l’est également par la Culture et la musique et désire écrire d’avantage sur ces deux sujets.

Une chose est sûre, c’est que le Breton fait son trou dans la capitale argentine. Tout comme nous, le journal national Clarin s’intéresse à lui, et publiera très prochainement un portrait de ce Français au parcours atypique dans son édition nationale.