Le jeudi 12 septembre, nous nous sommes rendues à la projection du film La Verdad, premier long métrage du jeune cinéaste français Pierre Vignaud. A la fin du film, nous avons eu la chance de l’interviewer dans les locaux du CIC (Centro de Investigación Cinematográphica), à Palermo. Retour sur le parcours d’un passionné…

Source – photo : Pierre Vignaud

1. Peux-tu, s’il te plaît, te présenter et nous dire depuis quand es-tu à Buenos Aires ?

Je m’appelle Pierre Vignaud, j’ai 27 ans et je suis originaire de Bordeaux. Je vis à Buenos Aires depuis maintenant quatre ans et demi. Après trois ans d’études de photographie en Belgique, j’ai décidé de m’orienter plus vers le cinéma. J’ai intégré le CIC et débuté un cursus de trois ans que j’ai terminé fin 2011.

J’avais découvert l’Amérique Latine auparavant en voyageant, et l’ambiance m’avait beaucoup plu. Après avoir vu de nombreuses capitales, c’est assez naturellement que j’ai cherché une école à Buenos Aires, qui est la ville d’Amérique Latine où la vie culturelle est la plus riche à mon sens. Il y a beaucoup de mouvement pour le cinéma indépendant ici et il est possible de faire du ciné avec peu de moyens.

2. Nous venons d’assister à ton premier long métrage, La Verdad. Peux-tu nous en dire plus sur l’histoire de ce film et sur les messages que tu as voulu faire passer ?

La Verdad, c’est l’histoire d’une jeune fille un peu tourmentée qui apprend l’existence de son grand-père, qui sort de 20 ans de prison pour meurtre. Etudiante en cinéma, elle décide de le rencontrer et de lui consacrer un documentaire avec l’aide de son ami.

Il ne s’agit pas réellement de comprendre ce qu’avait fait le grand-père, mais plutôt de comprendre qui il est maintenant, ses émotions du moment. Ce que je voulais le plus, c’était montrer comment filmer un documentaire, les difficultés de transmettre un message, présenter les revers d’un documentaire. Il s’agissait aussi de montrer comment filmer une personne que tu connais, la difficulté de rompre la relation avec la camera, de savoir comment se comporter. Je souligne dans ce film/documentaire que l’on peut vraiment transformer la réalité, qu’on peut montrer des choses fausses. C’est de la décision du réalisateur dont dépend le résultat : il choisit les images qu’il veut, et il est possible de les manipuler, d’en faire ce qu’il souhaite.

Le silence a une grande place dans le film : je voulais insister sur les choses que l’on ne dit pas et montrer les hommes dans « leur réalité pure » (même s’il s’agit bien sûr d’une fiction !). Je pense qu’on peut faire passer énormément de messages seulement avec des images, des situations, le jeu des acteurs. Présenter un humain dans ses instants quotidiens, seul, en train de penser était primordial dans ce film. Lors du casting, j’ai d’ailleurs choisi les acteurs qui, à mon sens, ressemblaient le plus aux personnages du film.

3. Effectivement, on ressent vraiment cette authenticité, nous avons trouvé le jeu des acteurs très bon. Peux-tu nous raconter comment il a été réalisé et avec quels moyens ?

C’est un film à 20 000 pesos (3 500 euros), que nous avons tourné très vite avec une équipe d’une vingtaine de personnes dont 6 acteurs. J’ai fait un appel aux dons à mes amis en France en leur expliquant le projet et leur aide m’a permis de réaliser le tournage. Une petite rente symbolique était versée aux acteurs et le reste servait à la  nourriture et aux frais pour les déplacements. Nous avions une marge de manœuvre très limitée, et tout a été fait comme je l’avais écrit. Le film a été tourné entièrement à Buenos Aires. En janvier 2012, j’ai commencé à écrire le scénario jusqu’en mars 2012. Le tournage a eu lieu du 7 juin 2012 au 21 juin 2012 puis la post production de septembre 2012 à mai 2013. Ce fut très court.

Pour ce qui est de la diffusion, le travail est considérable : je contacte directement les salles d’arts et essais et les festivals indépendants, mais la route est longue et l’entrée dans le milieu est difficile, en France comme en Argentine !

Source – photo : Pierre Vignaud

4. A propos de Buenos Aires, peux-tu nous dire ce qui te plait ici, ce qui diffère par rapport à la France ?

D’un point de vue général, il y a une large ouverture d’esprit et une générosité des gens. Les échanges humains sont aussi plus faciles et l’on dispose d’une grande liberté dans cette ville. Pour le tournage, cela a été un réel avantage : nous n’avons pas rencontré beaucoup de contraintes et la tournage s’est bien déroulé. L’Argentine est une terre de projets qui peuvent se concrétiser. Cela aurait été plus compliqué en France. L’entraide est également très importante ici, et j’ai pu le constater avec le nombre de personnes qui se sont mobilisées pour m’aider sur le film. D’ailleurs, les pièces dans lesquelles est tourné le film appartiennent à des amis, voisins ou de la famille d’amis.

L’Argentine est incroyable et a en outre énormément à offrir, avec ses paysages magnifiques et tout en contraste du nord au sud. L’Argentine, c’est une immensité, une grande diversité, une richesse culturelle et des paysages qu’on ne voit pas ailleurs. Je la recommande aux touristes !

Buenos Aires est une mégalopole dynamique et culturelle incroyable. Il y a de supers lieux ponctuels à connaître, des bons plans et des événements super intéressants. Je vous recommande par exemple le Refuerzo, un restaurant à San Telmo

5. Nous savons que tu as d’autres projets, quels sont-ils ?

Effectivement ! Depuis quelques mois, je travaille sur un projet de vidéos touristiques : « Baires se mueve ». Il s’agit de vidéos au format court, qui présentent un monument, un quartier, une rue de la ville de Buenos Aires. Après plus de quatre ans, je connais bien la ville et en tant qu’expatrié, on est plus attentif. Mon objectif est de faire découvrir ou redécouvrir un endroit d’une autre façon et sans qu’il s’agisse de pub. Pour moi, la vidéo permet d’en montrer plus qu’une simple photo. Le tourisme me plaît et je souhaiterais par la suite trouver des partenaires ou des sponsors qui diffuseraient ces vidéos, comme des agences de voyages ou des institutions publiques qui voudraient améliorer leur image. C’est un concept assez nouveau qui a vraiment de quoi séduire ! Il faut que les vidéos rentrent dans les mœurs car c’est un moyen de communication très efficace.

Sur le même format, « Baires se divierte » serait une sorte d’agenda, qui présenterait les coulisses d’un spectacle, la préparation des acteurs, des extraits d’une pièce de théâtre, un petit trailer sympa

Pour l’instant, je dispose d’une page Facebook que j’essaye de rendre la plus interactive possible.

6. Comment envisages-tu ton futur ?

A moyen terme, je pense rentrer en France un certain temps, notamment pour y développer le concept des vidéos touristiques à Bordeaux. En parallèle, je veux continuer bien sûr le cinéma indépendant et j’espère en vivre un jour. C’est une véritable passion pour moi, une de mes raisons de vivre et ça doit le rester ! Par contre faire du cinéma commercial ne m’intéresse pas si cela est motivé seulement par l’argent, sans passion derrière, avec des gens qui ne sont pas intéressés dans le projet. Réellement, avoir une bonne équipe est primordial.

Mais avant de rentrer, j’ai l’intention de réaliser un second long-métrage en Argentine, cette fois-ci à la campagne et si possible avec plus de moyens pour disposer de plus de libertés. Un licenciement pourrait être au cœur de l’histoire, mais je ne vous en dis pas plus…

Pour découvrir le travail de Pierre Vignaud et en savoir plus, nous vous invitons à cliquer sur ces liens et liker sa page facebook :

Le projet Baires se mueve 

La site de vidéos

Nous continuerons de suivre avec intérêts les projets de Pierre Vignaud, et nous lui souhaitons du courage et de la réussite ainsi qu’ à toute son équipe !