Si vous vivez en Argentine, vous avez sûrement déjà entendu parler de la “Canasta Básica Alimentaria“. Ce panier alimentaire est un indicateur qui permet de définir le montant nécessaire à une alimentation mensuelle et donc quotidienne minimale mais correcte pour une famille de quatre personnes en Argentine.

 Source – Photo : Morrissey

Un indice important

Cette canasta alimentaria se révèle être trés importante car elle permet de surveiller le niveau de vie des Argentins et la différence entre les salaires et l’inflation du pays. Cet outil, dévloppé par l’INDEC (Instituto Nacional de Estadística y Censos – qui correspond à l’INSEE en France) permet aussi de déterminer le nombre d’indigents et de pauvres en Argentine, mais également d’observer la variation des prix et donc l’inflation. La canasta est composée de 27 produits alimentaires, choisis en fonction des habitudes de consommation et des besoins nutritionnels (apport calorique, protéines et quantités) de la population.

Les derniers chiffres datent de Janvier 2013. Lors de cette dernière étude, il a été démontré qu’en règle générale, un foyer composé de deux adultes et de deux enfants scolarisés requièrt 4 095,05 ARS pour ne pas être considéré comme pauvre et au moins 1 828,15 ARS pour ne pas passer la ligne d’indigence. Ces chiffres ont augmenté de 31,23% en un an. En février 2013, la ligne d’indigence en Argentine se trouvait à 233,47 pesos par mois et par personne.

Les produits de la canasta alimentaria en Argentine 

La Canasta Alimentaria est composée de 27 produits, répartis en 5 grandes catégories : fruits et légumes, viande, farines et légumes secs, oeufs et produits laitiers et autres.
Voici les articles la composant :
huile, soda, soda light, biscuits sucrés et salés, lait, polenta, thé, riz, pâtes, patate douce, pommes de terre, farine, farine de maïs, yerba mate, sucre, fruits, friandises, café, légumes secs, légumes, pain blanc, fromage, viande, oeufs, sel (sel fin et gros sel), vinaigre.

Des défauts qui font polémique

La canasta alimentaria présente de nombreux défauts qui en font, selon certains, un outil très peu fiable. Le panier est fixe, et ne prend donc pas en compte l’effet de substitution (remplacement d’un produit devenu trop cher par un autre moins honéreux et de nature différente), ce qui le rend moins fiable, car il peut ne pas représenter la rélle consommation des Argentins. Ensuite, de nombreux médecins critiquent la composition même de la Canasta Básica Alimentaria car elle représenterait une façon de se nourrir conduisant à l’obésité.

D’autre part, plusieurs instituts se querellent quant à la valeur de la canasta alimentaria. Par exemple, en décembre 2012, l’INDEC lui donnait une valeur mensuelle de 719,07 ARS – soit 5,80 ARS par personne et par jour –  alors que pour l’INEDEP (Instituto de Estadísticas del Defensor del Pueblo), la valeur de la canasta atteignait 1 797,27 ARS – soit 14,49 ARS par personne et par jour. Ces données montrent bien l’importance de l’écart entre les dires de l’Etat et les instituts indépendants. Selon l’INDEC, on pouvait donc se nourrir, en décembre 2012, de façon équilibrée pour 6 pesos par jour et par personne. Pour les médias, il est impossible de manger à sa faim avec cette somme, les chiffres ne sont pas en accord avec la réalité. Le Centre des Travilleurs Argentins a également mené son enquête, dont le résultat montre que pour manger équilibré et à sa faim, une personne a besoin de dépenser 19 pesos par jour. L’Institut de Pensée et Politiques Publiques (IPyPP), en est arrivé à la même conclusion suite à son enquête.

La directrice de l’INDEC a finalement avoué que cet indicateur était à prendre à titre “indicatif” car il n’a plus réellement de valeur aujourd’hui. Le problème se pose surtout lorsque ces chiffres permettent de calculer le nombre de pauvres et d’indigents du pays, qui lui aussi fait polémique. En effet, selon l’INDEC il y aurait, en Argentine, 1,6 millions de pauvres, dont 427 000 indigents; mais selon l’ODSA (Observatorio de la Deuda Social), il y aurait dans le pays 10,8 millions de pauvres, dont 2,1 millions d’indigents. Ces écarts provoquent une importante polémique et remettent en question les chiffres publiés par le gouvernement. C’est pour cette raison que le FMI a demandé au gouvernement du pays, en 2012, de revoir sa méthodologie de calcul. L’Argentine est également le seul pays membre du G20 qui refuse que le FMI évalue annuellement l’économie du pays, ce qui pourrait conduire à la mise en place de sanctions.