Recoleta, Palermo, San Telmo, Microcentro… autant de quartiers connus et reconnus de Buenos Aires. Mais qui a déjà entendu parler de Balvanera, ce quartier plus souvent appelé par les noms des zones qui le composent comme Once, Congreso ou Abasto ?

Buenos Aires hors de ses sentiers battus détient encore des trésors inattendus, bien méconnus des touristes.
Balvanera est l’un de ces trésors, mais pas de ceux que l’on imagine habituellement. Inconditionnels de l’architecture romantique, des shows de Tango, des placettes ombragées, rues pavées ou parcs boisés, passez votre chemin. Ici point de monument à couper le souffle ni de dolce vita. C’est à Balvanera que transpire l’effervescence du Buenos Aires cosmopolite et populaire, des petits commerces où l’on peut trouver de tout à des prix incroyables.

Balvanera, un des quartiers à la plus forte concentration urbaine de la capitale, est un bazar organisé (même si ce n’est pas évident au premier coup d’œil) à ciel ouvert où se mèlent Histoire, peuples et religions, commerces en tous genres et vendeurs ambulants. Défaites-vous de votre idée de « l’interêt touristique » et découvrez les merveilles de Balvanera.

Situation de Balvanera

Balvanera est un quartier central de Buenos Aires, voisin de Recoleta et du Microcentro. Il est compris entre les avenues Córdoba, Callao, Independencia et la rue Gallo.

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Histoire du quartier

Jusqu’au début de XXème siècle, Balvanera était une banlieue excentrée de la capitale argentine, associée aux violentes protestations politiques ou aux bordels des rues Junin ou Lavalle. Puis avec le développement des lignes de trains, Balvanera commença à faire partie intégrante de la ville. C’est au cours du XXème siècle que les immigrants ont forgé le quartier tel qu’on le connait aujourd’hui. Pendant les deux premières décennies, les immigrants juifs de Russie, Pologne, Maroc ou Syrie affluèrent dans le quartier, fuyant les progroms et persécutions de leurs pays d’origine. La zone qui entoure l’avenue Corrientes devint alors le noyau de la communauté juive de Buenos Aires, l’une des plus importante du monde. Les juifs furent bientôt rejoint par des communautés arabes et arméniennes et du côté de l’Abasto, l’ex-marché de gros des fruits et légumes, par les italiens et créoles. C’est aussi dans le quartier de l’Abasto que vécut l’un des immigrants les plus connus d’Argentine : le célèbre Carlos Gardel, arrivé de France avec sa mère.

Les anciennes Halles du marché de l’Abasto, aujourd’hui centre commercial
Photo : viajesyturismoaldia

Balvanera devint donc un joyeux bazar multiculturel où se cotoyaient d’innombrables vendeurs de tissus en gros, textile, fruits et légumes, théâtres, synagogues, etc. A la fin des années 70, les populations du quartier virent arriver de nouveaux immigrants, en particulier coréens, chinois, boliviens et péruviens.

En 1994, le quartier fut le théâtre d’un des attentats les plus sanglants de l’histoire argentine. Le 18 juillet 1994, une bombe détruisit l’AMIA, l’Association Mutuelle Israelite Argentine, faisant 85 morts. L’Amia était et est toujours un symbole fort de l’organisation juive. Cette association regroupe des médias juifs, une aide à l’emploi pour la communauté et bien d’autres services. Les coupables ne furent jamais clairement identifiés bien que des responsables Syriens en lien avec des officiers Argentins aient été suspectés. C’est à la suite de cet attentat que furent mises en place les mesures de sécurité draconiennes, toujours en vigueur aujourd’hui, qui protègent tous les bâtiments abritant une organisation juive.

Templo Paso-Photo : Wikipedia

Balvanera aujourd’hui

Si les nostalgiques disent que Balvanera n’est plus le bouillon de culture qu’il était, le quartier regorge de surprises à chaque coin de rue. Certes, il se fait de plus en plus rare d’entendre parler hébreu ou arménien (la deuxième et troisème génération s’est naturellement mise au Castellano !), mais imaginez plutôt :

Alors que vous marchez sur la rue Paso, vous croisez une famille de juifs orthodoxes, haut chapeau noir pour monsieur, perruque et robe longue pour madame. Ils rentrent dans le fameux temple Paso, synagogue impénétrable gardée par un policier. Une autre famille juste derrière continue son chemin dans un des nombreux restaurants casher de la rue Tucuman. Vous passez devant des boutiques de robes de soirées où les couturières cousent et reprisent dans un coin du magasin, le sol jonché de chutes de tissu. Vous continuez et, sur le point d’entrer dans une boutique aux prix imbattables, vous découvrez l’écriteau « solo mayor » (vente en gros seulement). Pas de problème vous trouverez les deux prix dans la boutique suivante. Alors que vous croisez quelques vendeurs ambulants de chaussettes, bonnets, empanadas, churros et bien d’autres douceurs, vous déboulez sur LA caverne d’Ali Baba : la rue Lavalle.

Photo : Morrissey

Impossible de ne pas faire le lien avec le film « La Vérité si je mens »; les tissus débordent des boutiques. Vous tentez de vous frayez un chemin entre les rouleaux de tissus, les clients, les merceries tenues par les Arméniens, les magasins de farces et attrapes, les magasins de bijoux tout en gardant un œil sur vos chaussures pour ne pas vous entraver dans un nid de poule. Ouf, Lavalle passée, vous dépassez Corrientes et tombez dans la zone des sous-vêtements, puis un peu plus loin des articles de sport. Si vous êtes fatigués, pas de problème, entrez donc dans un «Chino», un mini supermarché tenu par une famille de chinois ou coréens pour y acheter une bouteille d’eau en vous dandinant au son d’une musique improbable. Si vous voulez faire le plein de fruits, arrêtez-vous au petit stand à l’entrée du supermarché, tenu lui par une famille de Boliviens.

On pourrait continuer indéfiniment, tant l’éventail des possibilités est large à Balvanera.

Avenida Pueyrredon-Photo : Dandeluca

Vous l’aurez compris, le quartier de Balvanera est une expérience à vivre et à écouter. Une occasion de trouver le bon plan shopping, de tester des saveurs culinaires inhabituelles ou encore de faire des rencontres inattendues comme cette mamie, myope, qui au milieu d’une tonne de vêtements vous raconte l’histoire de sa vie, de la Russie à l’Argentine.

Pour éviter les déceptions, il y a quelques données à garder en tête pour découvrir Balvanera.

N’oubliez pas que :
Les journées en semaine sont le meilleur moment pour découvrir le quartier. A partir de 19h et le week end (y compris le samedi, shabbat oblige), les rideaux de fer sont tirés et le quartier est complètement désert.
– Les synagogues ne sont pas comme les églises. Vous ne pourrez donc pas les visiter.
– « Mayor » signifie « grossiste ». Si vous voyez un écriteau “ solo mayor” c’est donc que la vente ne se fait que pour plusieurs unités d’un même article.

Voici six bonnes raisons de vous rendre à Balvanera :

– Avec plus de 25 000 boutiques, vous pourrez TOUT y trouver.

Si vous avez un côté créatif, c’est le lieu incontournable pour y trouver tout ce qu’il faut pour vous fabriquer vos propres accessoires ou vos propres vêtements à coût modique.

– Si vous cherchez les bons plans shopping, c’est ici que vous trouverez cette jolie petite robe à 50 pesos de moins que celle de la calle Florida.

– Si vous souhaitez en savoir plus sur l’histoire de la communauté juive, vous pourrez prendre part à des circuits touristiques qui vous feront découvrir des synagogues ou des théâtres Yiddish, d’habitude inaccessibles au public.

– Faites des économies avec vos amis en achetant de la marchandise en gros, et donc à bas prix (vous pouvez accéder au prix de gros dès l’achat d’une dizaine d’articles ou moins, selon les magasins).

– Vous pourrez y visiter les célèbres Palacio de Aguas Corrientes ou encore le Congreso de la Nación.

Palacio de Aguas Corrientes-Photo : Tanenhaus

Bonne visite !