Le soja, pour beaucoup d’entre nous, c’est un aliment pas forcément intéressant ni appétissant, que l’on croirait parfois réservé aux boutiques bio et aux allergiques au lait. D’ailleurs, moins de 10% de la production mondiale est destinée à la consommation humaine, et la majorité du soja est transformé en poudre alimentaire pour les animaux ou en huiles et biocarburants… Mais…

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L’or vert

Mais pour l’Argentine, le soja, c’est une toute autre chose : c’est sa corne d’abondance, sa poule aux oeufs d’or. Le pays fait parti des trois principaux producteurs mondiaux avec les Etats-Unis (1ers) et le Brésil (2ème). Or, le gouvernement taxe à hauteur de 20% chaque tonne de soja exportée ! C’est grâce à la culture extensive et l’exportation massive du soja OGM que l’Argentine a pu se remettre de la crise de 2001 dans les années 2000, et se reconstituer une bonne réserve de devises en profitant d’un excédent commercial largement positif.

Mais voilà, développer un modèle économique basé essentiellement sur l’exportation massive de matières premières, c’est comme passer un pacte avec le diable dans ce nouveau monde globalisé : de gros bénéfices immédiats, tout en sachant qu’un jour, il y aura un retour de flamme violent. Avec son énorme volume d’exportation, l’Argentine est très dépendante des cours mondiaux de matières premières, et le cours du soja s’est littéralement effondré ces dernières années : voilà une des principales raisons de la deuxième crise économique qu’est  en train de subir l’Argentine depuis 2001.

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La “sojatisation du pays”

Aujourd’hui, 64% de la surface cultivable argentine est dédiée au soja, et ce pourcentage continue de grandir ! La rentabilité au mètre carré du soja étant plus grande que celle des pâtures de bétails, l’espace disponible par tête de bétail tend à diminuer et la qualité de la viande s’en trouve fortement affectée, le taux d’Omega 3 étant nettement moins élevé notamment chez les vaches élevées en concentration.

Outre l’ultra-vulnérabilité de l’économie argentine au cours mondial du soja et le problème de la répartition des terres, le soja pose un autre problème de taille : la quasi-totalité de sa production est d’origine OGM. Et les OGM créent des tonnes de complications.

Tout d’abord, le Soja OGM RR (Round Up Ready) de la tristement connue Monsanto (80% du soja cultivé en Argentine) a été spécifiquement conçu pour résister à l´herbicide-insecticide de la marque : le Round Up. Mais sa culture, désormais majoritaire, pousse les propriétaires des champs voisins à adopter ce germe aussi pour ne pas être gêné par le Round Up. De nouvelles espèces de mauvaises herbes résistantes se développent, ce qui poussent à l’utilisation massive de nouveaux herbicides, et l’épandage de Round Up créent de nombreuses complications médicales chez les locaux (malformations, risques de cancer…)

En 2005 est sorti un documentaire français choc sur le soja OGM en Argentine : Argentine, le soja de la faim, plusieurs fois salué. Voici un extrait ci-dessous, si cela peut vous donner envie d’en savoir plus :

[youtube width=”500″ height=”300″]https://www.youtube.com/watch?v=0-80JH5OmmY[/youtube]

Quel futur ?

Les économistes estiment que les cours à la bourse de Chicago remonteront d’ici la fin de l’année et que cela soulagera significativement l’économie nationale. Mais même dans le scénario le plus positif, les argentins sont bien conscients que cette dépendance au soja et donc à la respiration du monde ne peut pas durer éternellement. Le développement d’une économie industrielle et de services est en cours mais cela prend du temps, et l’Argentine restera dépendante de son secteur primaire pendant encore quelques années.

Au 30 Avril 2014, la tonne de soja se négociait 560 dollars à la bourse de Chicago. Seulement 5 mois plus tard, le 30 Septembre 2014, elle était à 335 dollars, soit une baisse de près de 70%. Conséquence : toute l’industrie du soja tourne au ralenti depuis quelques mois, les producteurs vendent le minimum de leur production, juste de quoi survivre, et gardent leurs stocks pour des jours meilleurs. De manière générale, dans les régions dédiées au soja, tout le monde est affecté : les magasins, les restaurants, les vendeurs de camion : tout se fige, les gens ne travaillent plus qu’un jour sur quatre… Les conséquences sont nombreuses et lourdes, pour les hispanophones je conseille la lecture de cette article de la Nación qui les détaille.

Voilà, en quelques mots, la situation actuelle de l’Argentine avec le soja. Un élément chérit pour la richesse qu’il apporte au pays, mais aussi détesté sous bien des aspects…

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