Bien que l’Argentine soit très éloignée du conflit israélo-palestinien géographiquement, ce pays multiculturel avec d’importantes communautés juives et musulmanes se préoccupe beaucoup de la situation actuelle au Moyen-Orient. L’Argentine est un des pays où  religions et identités culturelles cohabitent le plus pacifiquement. Un exemple pour le reste du monde.

Daniel Barenboim et Mauricio Macri lors du festival Musique et Réflexion de 2014 – Source: Flickr

Un débat au Teatro Colón : Construire la paix.

Ce samedi 1er août, une rencontre s’est tenue au Teatro Colón entre Daniel Barenboim, musicien israelo-argentin, Felipe González, ex-président espagnol et trois représentants des religions monothéistes les plus importantes : le rabin Daniel Goldman, le prêtre Guillermo Marcó et le dirigeant musulman Omar Abboud, tous membres de l’Institut pour le Dialogue Inter-religieux. C’est dans le cadre du festival Musique et Reflexion de Buenos Aires qu’un débat passionnant s’est déroulé entre ces 5 protagonistes autour du thème : construire la paix au Moyen-Orient. La guerrilla sunnite menée par Daech ainsi que le conflit israélo-palestinien ont été au coeur des sujets abordés. Peu de réponses concernant la manière de construire la paix au Moyen-orient, mais une constatation : l’Argentine est un exemple concernant la multiculturalité et notamment la cohabitation du christianisme, du judaïsme et de l’islam.

Les religions monothéistes en Argentine :

La religion catholique est reconnue par la constitution Argentine comme religion d’Etat, on compte aujourd’hui 92% d’Argentins de tradition catholique. L’immigration russe grecque et syriaque du début du siècle dernier a apporté également de nombreux orthodoxes en Argentine. Aujourd’hui la plus forte croissance religieuse est celle du protestantisme évangéliste qui représente plus de 10% des chrétiens d’Argentine. Voilà pour ce qui est de la religion chrétienne. En ce qui concerne le judaïsme, cette religion représente 2% de la population totale soit plus de 800 000 juifs. Avec environ 300 000 juifs à Buenos Aires, la communauté juive de la capitale est la deuxième mondiale après celle de New York. Enfin, pour ce qui est de l’islam, la communauté musulmane représente 1,8% de la population avec 750 000 musulmans, dont 200 000 à Buenos Aires. Cette communauté musulmane est la plus importante d’Amérique Latine et  provient essentiellement de l’immigration du début XXème de Syrie, du Liban mais aussi d’Espagne avec les Andalous.

Une cohabitation religieuse pacifique exemplaire

Daniel Barenboim explique : “Je ne connais aucun pays où il soit aussi naturel d’avoir autant d’identités culturelles qu’en Argentine. […] En Argentine, on peut être juif ou arabe et tout autant patriote argentin.”

En Argentine, l’école publique a favorisé la cohabitation religieuse pacifique, où italiens, espagnols, turcs et russes discutaient surtout de football et non de religion. Aujourd’hui Buenos Aires est un exemple indéniable de cohabitation pacifique entre les trois grandes religions monothéistes. Il y eut une exception : le terrible attentat de l’AMIA, une association juive, en 1994 qui fit 85 morts. Sinon, il y a très peu de tensions religieuses ou raciales à Buenos Aires. Les croyances, langues et noms de familles de toutes origines sont présents en Argentine et en particulier à Buenos Aires. Il y a bien sûr des quartiers à forte présence juive comme celui d’Once, mais les autres quartiers sont  relativement mélangés au niveau culturel et religieux.  Il est fréquent de voir des enfants avec la kippa sortir d’une école juive de Belgrano, juste en face de l’Ambassade des Emirats Arabes. Et cette acceptation de la diversité en Argentine se voit aussi en politique. L’actuel ministre des Affaires Etrangères, Héctor Timerman, est membre de la communauté juive en Argentine. Carlos Menem, d’origine syrienne, fut président de la République de 1989 à 1999.

Daniel Barenboim, Felipe González et les représentants des religions monothéistes ont donc appelé à une coexistence religieuse au Moyen-Orient similaire à celle de Buenos Aires. Mais les contextes historiques et culturels sont totalement différents…


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