Le Tango Queer, c’est une milonga un peu excentrique, qui danse et repense le tango. Au Buenos Aires Club les mardis soirs, on apprend à danser en échangeant les rôles, en les faisant se confronter, en bousculant les règles… sans se marcher sur les pieds!

L’équipe du blog a retranscrit pour vous les implications de cette transformation, ce qui a poussé Mariana Docampo à donner au tango une nouvelle interprétation.

Le sens

Queer, à l’origine, en anglais, c’est un terme péjoratif; ça veut dire bizarre, excentrique, étrange… Et puis, il a été adopté par la communauté LGBT, non pas comme une revendication, mais une réponse aux accusations portées, en s’en accusant soi-même.

L’idée n’est donc pas de proclamer, ni de réclamer quoi que ce soit. Seulement de saisir une identité, s’en imprégner, se déclarer en être et puis pouvoir la vivre. Ce n’est pas une négociation , c’est une mise en acte. C’est un mouvement indiscipliné, subversif qui confronte des fondations trop conservatrices. Il offre un mouvement libéré où la sensibilité peut s’exprimer.

Dans un monde sans cesse en questionnement, en constante révolution, qui ne sait plus quoi penser de l’identité et de ce qui la fait, les Queer Studies affirment une identité un peu latente, instable et arbitraire.

Pourquoi un tango queer?

Tout d’abord, utiliser le mot “queer” pour définir cette vision de la danse implique dépasser le terme, et lui donner un sens positif. Et puisque le terme inclut tout ce qui n’est pas standard, il comprend tout le monde. Il ne requiert pas d’ordre donné. L’idée étant aussi, d’apprivoiser la danse comme un nouveau moyen de positionner la communauté LGBT dans une société qui dispute et discute toujours leur place.

Ensuite, des Queers qui dansent le tango comme ils le sentent met naturellement de côté le chauvinisme qui, par nature, exclut la diversité de la danse et promeut des relations de pouvoir entre les genres. Danser ainsi offre la possibilité de dynamiques différentes; une égalité, loin des rôles imposés.

Le tango, en lui-même, n’est pas juste musique et mouvement. Il a à voir avec la communication entre deux personnes. C’est un langage établi entre deux corps qui évoluent ensemble avec sensualité. Pour quelques minutes, le temps de la chanson, des émotions fortes lient les partenaires. Le tango entretient une relation intime avec les sentiments, les sens et leur façon de s’exprimer, de se mouvoir.

Ce n’est qu’à partir du moment où l’imaginaire collectif se fait une représentation symbolique d’un objet qu’il existe dans la société. Le tango est une danse populaire et, comme toutes les autres, elle marche comme un miroir; elle nous révèle un peu ce que dit sa société, elle nous en parle intimement. Dans ce cas là, il s’agit de la société de Buenos Aires. Mais le tango, c’est aussi une danse qui a une connotation sensuelle très forte. Donc ce miroir est révélateur de la façon avec laquelle notre société voit l’érotisme.

Avoir des rôles…

Bien que le Tango ne soit pas une danse chauvine, les rôles sont clairement distribués; l’homme mène et la femme suit. Et même si les rôles sont censés être complémentaires, le rapport mis en place est inégal. Le rôle est associé au genre, et n’offre pas l’option d’en échanger.

Cette répartition des rôles suppose naturellement que l’homme guide parce qu’il en sait plus; il est chargé du couple. Le plaisir de danser s’accroît à mesure que lui gagne en confiance, et la femme en docilité.

Comme résultat de cette dynamique, une femme sans un homme pour la guider ne peut pas faire un pas. Ce que le Tango Queer remet en cause, ce n’est pas l’existence des rôles, qui est à la base de la structure du tango, mais la façon avec laquelle ils sont associés et collés à l’idée de genre, comme si ils y étaient inhérents.

…Et pouvoir les échanger

Le Tango Queer offre la possibilité aux danseurs de choisir librement le rôle qu’ils empruntent. Pour que cette organisation soit viable, tout le monde apprend et à mener, et à suivre. Cette technique permet d’explorer les dynamiques du tango dans une relation plus égale. Ici, le pouvoir symbolique qui repose sur celui qui mène disparaît quand chacun des deux danseurs a la possibilité de prendre n’importe quel rôle, de façon indistincte.