Mythes et légendes de l’Argentine

Vous vous souvenez peut-être de l’histoire de Gaucho Gil, le robin des bois argentin! L’Argentine, comme tout pays, regorge de nombreux mythes et légendes provenant d’un âge lointain afin d’interpréter des phénomènes ou des élèments naturels que la science de l’époque ne savait pas expliquer. Il en existe beaucoup, mais nous vous avons fait une petite sélection de trois légendes argentines provenant des anciennes tribus Guarani, pour votre plus grand plaisir !
Bonne lecture…


Photo – Source : Blmurch

La légende du Ceibo (arbre : l’Erythrime) : Sur les rives du Paraná vivait une fille indienne qui se nommait Anahí. Elle était laide, aux traits grossiers, mais pendant les fins d’après-midi d’été elle délectait tous les membres de sa tribu Guaraní avec ses chants inspirés des dieux et de l’amour de la terre qu’ils possédaient. Jusqu’au jour où arrivèrent les envahisseurs, ces vaillants et intrépides êtres à la peau blanche, qui rasèrent les tribus et leur volèrent leur terres, leurs idoles, leur liberté.

Anahí fut capturée avec d’autres indigènes. Un soir, la sentinelle qui surveillait les prisonniers tomba dans un profond sommeil, et l’indienne profita alors de cet instant pour s’échapper. Mais sa fuite réveilla le garde, et alors qu’il tenta de la saisir, elle lui enfonça un poignard dans la poitrine et s’enfuit à travers la forêt. Le cri strident du garde tira les conquistadors espagnols de leur sommeil, qui traquèrent et rattrapèrent la pauvre Anahí. Ils voulurent se venger de la mort du garde et décidèrent de condamner l’indienne au supplice du bûcher. Attachée à un arbre et sans prononcer le moindre mot, Anahí souffrait en silence pendant que les flammes commençaient à monter. C’est alors qu’un miracle se produisit… Au lever du jour le matin suivant, les soldats arrivant au bûcher se retrouvèrent face à un surprenant spectacle : à la place de l’indienne se trouvait un sublime arbre aux feuilles vertes reluisantes et aux douces fleurs rouges, apparaissant dans toute sa splendeur.

Ainsi si vous vous promenez un jour sur les rives du Paraná entre le mois de Novembre et Février, vous pourrez voir cet arbre national symbolisant la force et le courage de l’indienne Anahí.

Le Soleil Rouge : Parmi les indiens de Mocoretà, il y en avait un, courageux et intrépide qui se nommait Igtà et qui aimait la plus belle et la plus douce des femmes de sa tribu, Picazù, qu’il avait l’intention d’épouser, Les parents de Picazù consentirent à ce mariage, mais pour eux l’approbation de la lune pour une telle union était indispensable, il demandèrent alors à Tuyà, devin de la tribu, de la consulter. Par une nuit sereine, où la lune blanche et brillante illuminait les campements des indiens, Tuyà traduisit le message : « Cette lumière envoyée par la lune signifie qu’elle approuve l’union d’Igtá et de Picazú ».

Le chef de la tribu demanda alors à Igtá de prouver à tous qu’il était digne d’épouser la belle, en se laissant entrainer par les eaux de la lagune, et en revenant de la chasse avec de nombreuses prises. Igtà, qui était un excellent nageur et avait beaucoup chassé depuis son enfance, réussi les diverses épreuves avec grand succès. La cérémonie du mariage dura toute la nuit. On alluma un grand feu, autour duquel tous les indiens mangèrent, burent, dansèrent et chantèrent, célébrant cette union à cœur joie.

Mais il manquait quelque chose pour que le bonheur de Igtà et Picazù soit complet : s’assurer que Tupà, leur bon dieu, approuve également leur union. Ils attendirent alors patiemment le verdict de celui-ci. Qu’elle ne fut leur peine lorsque à la nuit tombée, une pluie copieuse, symbolisant les larmes du Dieu Tupá, se fit sentir, marquant ainsi le refus de ce dernier. Igtà et Picazù ne pouvaient alors plus être ensemble au sein de la tribu, ils devaient fuir et se laisser entrainer par les eaux de la lagune. Il existait une île où mourraient tous ceux qui s’étaient mariés contre la volonté de Tupà, nos deux amants devaient s’y isoler et ne jamais plus revenir.

La pluie cessa le jour suivant, et en début de soirée Igtà et Picazù se jetèrent à l’eau et commencèrent à nager. Les indiens attroupés autour du fleuve, les insultaient et les maudissaient au fur et à mesure qu’ils les voyaient s’éloigner, afin d’éviter le châtiment de Tupà. Igtà, nageur habile, réussi à avancer tout en aidant sa compagne. Ils leur manquaient peu pour atteindre l’île sains et saufs, mais c’est alors que Ñuati, démoniaque guerrier de la tribu, leur lança une flèche, suivi par tous les indiens de la tribu qui l’imitèrent, et les deux amants, blessés par les flèches, disparurent de la surface de l’eau. A ce moment précis le soleil pris une intense couleur rouge vif qui teint l’eau et illumina de rouge les champs et le ciel. Les indiens, pris de peur, fuirent rapidement des bords de la lagune. Au même moment, Igtà et Picazù, certainement aidés par le dieu Tupá en raison de leur bonté, réussirent à se sauver et à atteindre l’île, où il purent vivre ensemble et heureux.

L’apparition du Mate : La nuit venue la lune Yací illumine depuis le ciel la végétation sur terre et déguise l’eau de couleurs argentées. Mais tout ce qu’elle pouvait voir du ciel était des feuillages touffus qui laissaient à peine passer la lumière de ses rayons. Curieuse, elle désira voir par elle-même les merveilles qui lui avaient été racontées par le soleil et par les nuages : le chant des colibris, le mouvement des fougères, et les becs luisants des toucans.

Un jour, elle descendit sur terre, accompagnée d’Araí le nuage, et, transformés en femmes, elles commencèrent à parcourir la jungle ensemble. La mélodie de cette dernière les envoûta, et pour cette raison elles n’entendirent pas les pas silencieux du jaguar qui s’approchait, prêt à bondir. Mais à ce même instant, une flèche envoyée par un vieux chasseur guarani vint s’implanter droit dans les côtes de l’animal, avant qu’une deuxième flèche le transperce à nouveau. Tandis que le jaguar agonisait, l’indien cru surprendre deux femmes s’échapper mais quand le silence se fit sentir il ne vit rien d’autre que les arbres et l’obscurité de la forêt.

Cette nuit là, allongé dans son hamac, le vieux fit un rêve fabuleux : il vit à nouveau le jaguar, lui-même tirant sur la corde de son arc, et deux femmes à la peau blanche et aux cheveux longs. Elles paraissaient l’attendre, et lorsqu’il se trouva à côté d’elles, Yací l’appela par son nom et lui dit : «Je suis Yací et voici mon amie Araí. Nous souhaitons te récompenser pour nous avoir sauvé la vie. Tu as été courageux, et pour cela je vais t’offrir un présent et un secret. Demain, lorsque tu te réveilleras, tu trouveras devant ta porte une nouvelle plante, nommée caá. Avec ses feuilles se réalise une infusion qui attire les cœurs et chasse la solitude. C’est mon cadeau pour toi, pour tes enfants et pour les enfants de tes enfants… »

Le matin suivant, le vieux et les familles Guarani qui vivaient dans une même et grande maison trouvèrent devant leur porte une plante aux feuilles luisantes et ovales. Le chasseur suivit les instructions de Yací : il n’oublia pas de faire griller les feuilles, et une fois moulues, il les tassa au sein d’une courge creuse. Il chercha alors une fine canne, ajouta de l’eau et goûta le nouveau breuvage. Ainsi naquit le mate, dont le secret se transmit de génération en génération.

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