C’est l’un des épisodes tragiques de l’histoire argentine. Le 18 juillet 1994 a lieu l’un des premiers attentats perpetrés sur le sol argentin. En effet, une voiture piégée explosa en visant un bâtiment abritant plusieurs associations juives, dont l’Association mutuelle israélite argentine (AMIA). Avec un bilan de 84 morts et 230 blessés, c’est l’attentat le plus meurtrier de l’histoire du pays. Mais il n’a jamais été revendiqué, ce qui n’a pas permis de passer à autre chose. Retour sur une page de l’histoire, toujours pas tournée…

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Attentats AMIA – Crédit photo : Wikipédia

Une enquête irrégulière

C’était il y a 22 ans maintenant. Cependant, la plaie n’est toujours pas refermée. De par une enquête qui a souffert de nombreuses irrégularités et de rebondissements. À l’époque, l’affaire avait été présentée par les autorités argentines (présidence de Carlos Menem), comme un attentat à la voiture piégée fomenté par l’Iran, avec des complicités argentines. Plusieurs Iraniens et Argentins avaient été arrêtés ou inculpés dans la foulée. Par exemple des policiers argentins ont été arrêtés. Autre exemple : en 2005, le juge fédéral Galeano est démis de ses fonctions pour “graves irrégularités”. Il s’en était donc suivi un refroidissement des relations entre les deux pays, pourtant excellentes depuis un siècle.

Les accusations officielles

Le 25 octobre, on reconnait officiellement la responsabilité exclusive de l’Iran. En effet, le procureur fédéral de Buenos Aires, Alberto Nisman accuse officiellement le gouvernement iranien et le mouvement Hezbollah d’être responsables de l’attentat.

Pour défendre cette accusation, Nisman invoque le mobile : celui de punir l’Argentine après la suspension en 1991 de l’assistance nucléaire qu’offrait l’Argentine à l’Iran. Le problème, c’est que l’Iran a toujours nié cette responsabilité. De même, les historiens ne prennent absolument pas cette théorie au sérieux.

2015, l’année du rebondissement

En janvier 2015, Nisman accuse la présidente argentine, Cristina Kirchner, d’avoir levé des accusations pour couvrir un suspect iranien en échange de pétrole à un prix plus qu’avantageux. À peine 10 jours plus tard, le procureur est retrouvé mort à son domicile, une balle dans la tête. Sur son bureau ont été retrouvées plus de 300 pages de dénonciation où figurent des écoutes téléphoniques de la présidente.

Il était censé exposer devant la commission de législation pénale les preuves démontrant les accusations qu’il portait. Une partie de la population argentine s’interroge. En effet, le peuple s’est mobilisé dans tout le pays pour protester contre cette mort et demander justice.

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Les Argentins dans la rue pour Nisman – Crédit photo : Wikipédia

Des événements mis en place pour commémorer les attentats

Si la justice semble traîner, en revanche, la population fait ce qu’elle peut pour ne pas oublier ce tragique événement. Tous les ans, ce sont de nombreux argentins, pas forcément juifs d’ailleurs, qui se réunissent au mémorial. Un moyen d’envoyer un message au gouvernement. Leur faire comprendre qu’ils n’ont pas oublié, et qu’ils espèrent toujours qu’on leur rende justice.

En 2011, une autre initiative a été mise en place. Toujours dans le même but de “se remémorer”.  Environ une trentaine de silhouettes avec le corps et le visage des victimes avaient été disposées dans différents lieux de la capitale. Ces silhouettes retraçaient la vie des victimes avant l’explosion rue Pasteur. Cette initiative était intitulée “Silhouettes pour la Mémoire” et s’inscrivait dans le cadre du 16ème anniversaire de l’attentat.

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Commémoration des attentats de l’AMIA – Crédit photo : Wikipédia

 

Vous l’aurez compris, cette histoire est donc encore sombre, et il semble qu’on ne connaîtra jamais les réels coupables. En effet, les enjeux économiques semblent dépasser le désir de justice, ce qui est assez regrettable. Et ce qui ne plait pas à la population qui ne demande qu’à tourner la page. Autre symbole de cette lenteur de la procédure, 22 ans après l’attentat, la dernière victime vient à peine d’être identifiée.


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