Nous avons eu le privilège de rencontrer Sylvie Geronimi, franco-argentine, créatrice de sa marque de chaussures. Zoom sur l’expérience professionnelle et de vie d’une femme talentueuse.

Sylvie Geronimi – Photo : Sylvie Geronimi

1/ Pouvez-vous vous présenter ? Revenir sur votre choix de vie à Buenos Aires ?

Je m’appelle Sylvie Geronimi, et je suis née en Malaisie d’un père français et d’une mère argentine. Du fait de la profession de mon père, qui était diplomate, j’ai voyagé dans de nombreux pays durant mon enfance. A l’âge de 9 ans, nous sommes allés vivre en France où nous sommes restés un certain temps. Ma mère argentine avait un sens de la famille très fort et il n’était pas concevable que mes 4 frères et sœurs et moi-même soyons séparés dans différents pensionnats comme l’étaient souvent les enfants de diplomates à cette époque.

Je ne sais pas si c’est le fait d’avoir vécu en Asie mais déjà petite je me sentais différente et je savais que ma vie ne serait pas en France. Je suis souvent allée à Buenos Aires pour voir ma famille mais mon premier voyage, seule, fut à 23 ans. J’ai eu un réel coup de foudre pour cette ville et j’ai très vite senti que mon avenir était ici. Certes, il y avait de nombreuses différences, une situation économique instable (ce qui effrayait beaucoup mon père !) car c’est un pays émergent, mais en tant que franco-argentine je me suis sentie comme un poisson dans l’eau. Il n’y a pas de pays parfait. Pour ma part, j’ai décidé de rester vivre ici : la personnalité des gens, la vie quotidienne, les amitiés, les sorties, la vie très dynamique et plus « cool » ici à Buenos Aires ont été pour moi des facteurs décisifs. Le climat me convient, et j’adore la nature et les paysages magnifiques d’Argentine.

2/ Vous avez depuis plusieurs années votre marque de chaussure « Sylvie Geronimi » et depuis 2008 votre boutique. Pouvez-vous retracer votre parcours professionnel ?

A Paris, j’ai effectué une formation générale sur la mode et le stylisme à l’Ecole de la chambre syndicale de la haute couture ParisienneEn France, j’avais travaillé pour Hermès, Balenciaga et j’avais commencé à lancer ma ligne de chapeaux. Ces expériences forgèrent le début de ma carrière. Une fois arrivée à Buenos Aires à 23 ans, j’ai travaillé pour les représentants de la licence Marithé Francois Girbaud, entre autres, qui m’ont demandé de créer des chaussures pour le défilé de cette marque. Celles-ci devaient aider à vendre les produits et embellir la tenue. A ce moment, je travaillais sur le design mais ne connaissais pas les étapes essentielles de fabrication, or il y a une limite entre le dessin et la réalité. J’ai ainsi fait une formation classique (le même programme existait en Italie) dans une école de chaussures pour connaître le processus de fabrication et ce qu’il était possible de faire.

Par la suite, plus tard j’ai travaillé pour la marque argentine Lonte et cette formation fut une véritable révélation : j’ai tout de suite apprécié l’ambiance et j’ai appris énormément de choses. A 30 ans, je me suis sentie accomplie et plus forte. Rapidement, j’avais eu envie d’avoir mon propre atelier. Ce n’était pas facile à l’époque avec mes nombreux allers-retours en France et mon père qui ne m’encourageait pas dans cette voie étant donné la situation économique de l’Argentine. Je rêvais d’un atelier et non d’une multinationale. L’aventure était lancée. J’adorais la vie à Buenos Aires, les sorties, mes amis rencontrés et j’avais également eu de nombreuses propositions de travail notamment grâce à mes créations pour Marithé Francois Girbaud.

J’ai aussi travaillé pour des défilés ou le théâtre, ainsi que pour une entreprise française, avec laquelle j’ai obtenu l’Escarpin de cristal (en 2003) et le Lyon d’or (en 2004). C’est en 1990, après plusieurs expériences, que j’ai monté mon atelier où je travaillais pour des marques de vêtements en dessinant des chaussures. C’était toujours Sylvie Geronimi « para… » et le nom de la marque. Je me suis ainsi fait connaître dans le milieu et cela m’a bien aidé lorsque j’ai ouvert ma boutique en 2008. Je n’ai pas eu de réelle difficulté pour la mettre en place mais au niveau de la gestion entre l’atelier et la boutique, c’était différent. J’ai dû apprendre le fonctionnement du marché et je dois encore continuellement m’y adapter pour perdurer. Le marketing, les stratégies de communication ont été des choses nouvelles pour moi et pourtant indispensables. Je pense que le savoir-faire français m’a enseigné de prioriser la relation à la clientèle, la qualité et la responsabilité du produit.

3/ Comment travaillez-vous ? Quelle importance donnez-vous au confort des chaussures ?

Mes chaussures sont faites à la main et j’accorde beaucoup d’importance au confort et à la commodité. Après avoir travaillé de nombreuses années sur la mesure, je connais bien le pied de la femme. Je sais quel modèle peut fonctionner ou pas et je suis proche de mes clientes à ce niveau. Bien sûr, il existera toujours des modèles qui ne sont pas réellement commodes car leur design le permet moins. C’est aussi une question de choix. Je réalise également des demi pointures et je peux travailler sur commande pour changer la couleur d’un modèle. Des designers m’envoient par exemple leurs clientes pour faire faire des modèles qui iront avec leur tenue haute couture. Il n’y a jamais plus de 30 paires par modèles : en effet, j’ai une clientèle qui a besoin de changement et aime l’exclusivité. Le profil type est une femme d’une quarantaine d’années, professionnelle et qui recherche cette commodité en plus du design. La fidélisation de la clientèle est très importante pour moi et cela passe par la qualité et une grande attention portée à mes clientes : pour cela je passe deux journées par semaine à la boutique, où je peux les rencontrer et échanger avec elles.

Je réalise aussi des chaussures entièrement personnalisées. Pour cela, je donne toujours un rendez-vous dans mon atelier et je prends les mesures pour obtenir le modèle parfaitement adapté. Pour l’anecdote, j’ai reçu Charlotte Gainsbourg une fois, pour créer un modèle pour une production ici à Buenos Aires.

Je ne sais pas si c’est le fait d’être née en Asie mais la chaussure et le pied ont une importance fondamentale pour moi, j’ai beaucoup de souvenirs d’enfances liés à cela. D’ailleurs, on me dit souvent que l’on ressent des influences asiatiques dans mes collections.

4/ Pouvons-nous en savoir plus sur votre nouvelle collection ? Et vos futurs projets ?

La collection de l’hiver passé s’intitulait « les rues de Paris ». Chaque chaussure portait le nom d’une rue lecourbe, Solferino, Vaugirard, Saint-Honoré… – et était conçue en adéquation avec le « look » du quartier.
La nouvelle collection est aussi en lien avec Paris et s’intitule cette fois-ci « Les Parisiennes ». Les chaussures portent un nom de femme : Malena, Astrid, Julia, Nina, Nadège, Georgia, Naomi… en référence au côté de plus en plus international de Paris et de ses habitantes.

A l’avenir, j’aimerais m’associer avec un partenaire pour créer une gamme de chaussures plus économique qui toucheraient un public plus jeune. Cela pourrait être l’objet de l’ouverture d’une seconde boutique dans Palermo.

Sylvie Geronimi – Photo : Sylvie Geronimi

5/ Avez-vous des conseils pour les expatriés à Buenos Aires qui souhaitent entreprendre un projet ?

Selon moi, il faut chercher ce qu’on ne trouve pas en France ou ailleurs. Il s’agit de trouver l’idée qui enrichira aussi bien les porteños que nous-mêmes. Il ne faut pas chercher à imposer un concept purement français qui ne marcherait pas forcément. S’adapter à une culture est primordial, tout en apportant bien sûr sa touche personnelle et française. L’ouverture d’esprit est grande ici, autant en profiter !

Par exemple, le restaurateur Paul Azéma a su s’imposer à Buenos Aires en proposant un mélange de cuisine française et créole, mais adaptée au pays. C’était quelque chose qui ne se faisait pas jusque là et ça a beaucoup plu. Pour en savoir plus, c’est ICI et pour vous y rendre : Angel Carranza 1875, Buenos Aires, Argentina

Pour en connaître plus sur le travail et les réalisations de Sylvie Geronimi, nous vous invitons à cliquer sur son SITE  et  sa page facebook.

Merci Sylvie de nous avoir reçu et très belle continuation.